Les difficultés qu’on rencontre dans notre vie amoureuse peuvent avoir un lien avec notre “style d’attachement”, qui s’est créé dans l’enfance. Connaître son style d’attachement permet de rééquilibrer sa vie amoureuse, régler certains problèmes et ne plus se laisser balloter par nos mécanismes inconscients.
Les 4 styles d’attachement viennent de la “théorie de l’attachement” en psychologie : développée par le psychiatre et psychanalyste britannique John Bowlby en 1958, la théorie de l’attachement considère que notre rapport aux relations humaines est intrinsèquement lié au lien que l’on a eu avec nos parents pendant notre enfance (surtout les premières années).
En effet, le bébé a autant de besoins affectifs (sécurité, appartenance, amour, estime) que purement biologiques (nourriture, sommeil, eau, air…). Selon ce qu’il a ressenti dans son lien à ses parents, il s’est plus ou moins bien développé dans son “attachement” émotionnel aux autres.
Selon le type d’émotion ressenti (qui correspond à un certain besoin non comblé), on développe l’un ou l’autre des 4 styles d’attachement. En fait, 3 des 4 styles d’attachement sont dits “insécures”, c’est-à-dire qu’ils correspondent à un manque affectif pendant l’enfance. Le 4ème style d’attachement, dit “sécure”, est le seul qui correspond à un développement affectif équilibré, sans carence.
À noter que ces carences ne sont pas forcément évidentes ou “visibles à l’œil nu” : il ne s’agit pas systématiquement de foyers chaotiques avec parents négligents, absents ou abusifs. C’est beaucoup plus subtil que ça et on peut ne pas se rendre compte qu’on a vécu ces carences avant de rencontrer des problèmes dans sa vie amoureuse, qui révèlent un style d’attachement insécure.
Les 3 styles d’attachement “insécures”
Les termes “sécure” et “insécure” ont été ajoutés à la théorie de l’attachement en 1978 par la psychologue canadienne-américaine Mary Ainsworth.
“Sécure” est un anglicisme qui vient du mot anglais “secure”, signifiant “en sécurité” dans le sens de la sécurité affective et émotionnelle (une relation dans laquelle on se sent en confiance, en sécurité). Je le précise car il existe aussi le mot anglais “safe” qui veut aussi dire “en sécurité” mais dans le sens de la sécurité physique immédiate (pas de danger de mort ou d’atteinte à notre intégrité physique).
De la même manière, “insécure” est un anglicisme qui vient du mot “insecure”, l’opposé de “secure”, donc “en insécurité dans la relation”.
Les 3 styles d’attachement “insécures” traduisent donc l’idée qu’en tant qu’adulte, on ne se sent pas pleinement relaxés et en sécurité / confiance dans les relations. Ce mécanisme se joue particulièrement dans les relations amoureuses qui ont une dynamique d’amour proche de la relation d’amour entre le bébé et ses parents. C’est un lieu à fort enjeu d’intimité émotionnelle, comme dans la relation parent-enfant.
#1 – Le style d’attachement anxieux
La personne à attachement anxieux a peur de perdre l’autre : elle vit dans l’anxiété de la perte du lien. Cette peur peut être particulièrement déclenchée lorsque l’autre met du temps à répondre, qu’il n’exprime pas régulièrement son amour, semble plus distant ou moins disponible. La personne à attachement anxieux va s’imaginer que la raison de cette distance est que l’autre ne l’aime plus (ou pas assez).
L’attaché anxieux peut se sentir jaloux, avoir peur qu’on préfère quelqu’un d’autre à lui.
De façon générale, il a besoin de se sentir en lien constant avec l’autre pour être rassuré que le lien existe et est toujours là.
Note : je (Isis, créatrice de Lovaa) suis personnellement dans ce cas de figure. C’est mon style d’attachement initial, que j’ai appris à désamorcer dans diverses situations et j’ai acquis toute une part d’attachement sécure à l’âge adulte, entre mes 29 et 34 ans (et je continue encore d’apprendre). C’est pour ça que la majorité des problématiques que je traite pour l’instant dans les articles, les vidéos Youtube et les formations en ligne, sont en lien avec l’attachement anxieux. Si tu te reconnais dans ce style d’attachement, alors tu trouveras sûrement les contenus de Lovaa utiles pour toi.
Par quoi est créé le style d’attachement anxieux dans l’enfance ?
Ce style d’attachement est créé par un parent aux réactions inconstantes et/ou instable émotionnellement (stressé, anxieux, dépressif, problèmes relationnels).
Par exemple, face à l’enfant qui pleure, un coup il le réconforte, un coup il l’ignore. L’enfant apprend que l’amour et la sécurité peuvent disparaître à tout moment : il devient hypervigilant aux signes de rejet ou de retrait.
Face à l’instabilité émotionnelle du parent, l’enfant apprend qu’il doit adapter son comportement selon l’état émotionnel de l’adulte pour maintenir la proximité.
#2 – Le style d’attachement évitant
C’est le style d’attachement redouté par les attachés anxieux hihi : car c’est tout l’opposé ! À l’inverse des attachés anxieux qui ont peur du non-lien, les attachés évitants ont peur de la proximité.
Pour eux, la proximité est synonyme de danger. Ce sont des personnes qui vont préférer ne pas dépendre de l’autre et que l’autre ne dépende pas d’eux, qui vont vouloir garder une certaine autonomie et liberté. Mais surtout, ce besoin de maintenir l’autre à distance. Si ça devient trop intense, trop profond, il peut vouloir fuir. L’attaché évitant “évite” le lien trop fusionnel. Il peut avoir du mal à se dévoiler, se confier ou montrer ses sentiments.
Et ce qu’il se passe souvent, c’est que ces deux styles d’attachement (anxieux et évitant) se rencontrent, s’accrochent l’un à l’autre et ça fait des (mauvaises) étincelles ! Car cela crée une dynamique relationnelle difficile à vivre pour l’un comme pour l’autre : l’anxieux n’est jamais satisfait car il ne se sent jamais assez en sécurité face à l’évitant qui, lui, peut se sentir étouffé par le besoin constant de lien de l’anxieux.
Par quoi est créé le style d’attachement évitant dans l’enfance ?
Ce style d’attachement est causé par un parent qui se montre indisponible, indifférent, voire hostile face à l’enfant qui exprime ses besoins et ses émotions.
À force que le parent accueille négativement ces émotions, l’enfant apprend à désactiver l’attachement : il fait en sorte de ne plus avoir besoin de rien, de ne rien demander (ni réconfort, ni attention), de ne plus exprimer ses émotions, afin d’éviter les réactions négatives.
#3 – Le style d’attachement désorganisé
A quoi ressemble l’attachement désorganisé
Je dois dire que c’est le style d’attachement que je connais et comprends le moins. J’ai l’impression de ne l’avoir jamais croisé ou de ne pas avoir su le reconnaître. En même temps, seuls 5% de la population seraient concernés (contre 20% pour les anxieux, 25% pour les évitants et 50% pour les sécures).
Les attachés “désorganisés” apparaissent globalement incohérents et imprévisibles car ils sont pris dans une lutte interne entre un désir de proximité et de repousser le lien en même temps car ils en ont peur (différent de l’évitant qui préfère tenir le lien à distance). Par exemple, ils peuvent chercher un rapprochement puis fuir. Ils peuvent être pris de crises de colère ou à l’inverse puis entrer dans le mutisme dans la même interaction ou à différents moments.
Par quoi est créé le style d’attachement désorganisé dans l’enfance ?
Ce style d’attachement est causé par une figure parentale qui était à la fois la source de réconfort et la source de peur. Plusieurs événements traumatiques ont pu avoir été vécus (violences physiques ou psychologiques, abus sexuels…) ainsi qu’une négligence émotionnelle quotidienne.
L’enfant est face à un adulte imprévisible, instable, qui alterne entre moments de soutien et moments d’hostilité (ou indifférence, indisponibilité). Il vit dans un contexte de menace possible constante, et d’incohérence, ce qui l’amène à développer une grande confusion dans son rapport aux liens humains.
Le 4ème style d’attachement : l’attachement “sécure”
L’attachement sécure est celui que l’on développe lorsque l’ensemble de nos besoins d’enfant sont comblés.
À quoi ressemble l’attachement sécure ?
L’attaché sécure vit ses relations en confiance. Il n’a ni peur d’être abandonné, ni peur de vivre de la proximité émotionnelle. Il peut ressentir de la tristesse, de la déception, de l’anxiété, de la colère dans le cadre de la relation mais il a une forte capacité d’auto-régulation de ses émotions et de son système nerveux.
Il ne se laisse pas partir dans des scénarios catastrophes pendant trop longtemps. Il part du principe que l’autre l’aime et a des intentions sincères envers lui (il ne vit pas en hypervigilance pour vérifier que c’est le cas). Si la personne ne l’aime pas ou n’est pas investie en phase de dating, il se désintéresse naturellement (il ne s’accroche pas).
Il vit dans la réalité de la relation, pas dans le fantasme de ce qu’elle pourrait être. Il est capable de proximité émotionnelle et se sent à l’aise dans une relation d’interdépendance où chacun est autonome émotionnellement, mais n’a pas peur d’avoir besoin de l’autre.
Par quoi est créé l’attachement sécure dans l’enfance ?
Le psychiatre américain Dan Siegel parle des “4 S” (en anglais) :
- Safe (en sécurité physique) : le parent n’est pas une source de peur ni de danger pour l’enfant ; la maison est un lieu sûr ; l’adulte reconnaît lorsqu’il a eu tort et reconnecte avec l’enfant après un désaccord.
- Seen (vu) : le parent prend le temps de s’intéresser à l’enfant, à qui il est et à ce qu’il ressent et traverse.
- Soothed (apaisé) : le parent réconforte systématiquement l’enfant lorsqu’il exprime une émotion forte (pleurs, colère, frustration, tristesse) ; en-dehors de ces moments de détresse, il fournit un soutien émotionnel constant et prévisible qui donne la sensation à l’enfant que ses parents sont un refuge, un havre de paix (écouter ce que l’enfant raconte, être disponible sans attendre qu’il soit en détresse ; jouer avec lui, partager des moments de plaisir, faire des câlins spontanés, encourager et valoriser ses efforts ; créer routines sécurisantes comme le rituel du coucher, les repas pris ensemble ; validation émotionnelle…)
- Secure (en sécurité affective) : l’enfant se sent libre d’être vulnérable, de faire des erreurs, de partager ses opinions sans peur d’être puni ou rejeté. Généralement, l’enfant peut se sentir ainsi lorsque les 3 premiers “S” sont constamment respectés par l’adulte.
Le style d’attachement “sécure” existe lorsque l’enfant reçoit systématiquement tout cela. Lorsque l’un de ces “S” est inconstant, instable ou génère du rejet ou des réactions négatives chez le parent, alors l’enfant ne se sent pas “sécure” et ne développe pas l’attachement sécure.
On peut passer d’un attachement insécure à un attachement sécure
Si tu t’es reconnu dans l’un des styles d’attachement insécures, a priori, tu n’as donc pas (encore) d’attachement sécure. En tout cas, ce n’est pas ton style d’attachement initial.
Mais sache qu’il est possible de faire évoluer notre style d’attachement : il n’est pas figé. Toute personne au style d’attachement “insécure” peut évoluer vers un style d’attachement sécure en apprenant à se sécuriser intérieurement et en reprogrammant son modèle de fonctionnement.
C’est possible par un travail sur soi (introspection, thérapie) et/ou au contact répété de personnes sécures (relations amoureuses et amicales). Un attaché insécure qui se mettrait en couple avec un attaché sécure pourrait donc devenir sécure lui aussi. Le problème c’est que lorsqu’on a un style d’attachement insécure, on a tendance à choisir des partenaires insécures également (qui viennent déclencher notre style d’attachement) du fait qu’on n’a pas eu de modèle d’attachement sécure. Mais ça aussi, ça s’apprend : on peut apprendre à reconnaître un partenaire sécure ou au moins éviter de s’embarquer inconsciemment dans une dynamique anxieux-évitant par exemple.
Une note pour les parents et futurs parents parmi vous qui craignent de créer un style d’attachement insécure chez leur enfant
On m’a souvent dit “ça fait peur cette idée que c’est à cause des parents car ça veut dire qu’on risque de créer un style d’attachement insécure chez nos enfants et leur pourrir la vie si on fait mal les choses”. À cela je réponds : nous sommes humains, avec nos ressources et nos limites, nous sommes imparfaits par définition. On peut croire qu’on fait bien les choses et ce n’est pas le cas, et inversement.
Je ne suis personnellement pas encore maman mais je compte l’être et je préfère ne pas me culpabiliser : plus j’apprends à me connaître, plus je prends conscience de mes schémas inconscients et mécanismes psycho-émotionnels, plus je pourrai prendre du recul quand je me sens “déclenchée” par mon enfant, de la même manière que je l’observe aujourd’hui avec des amis ou dans des relations sentimentales. Je ferai de mon mieux le moment venu.
En tant qu’enfant qui est devenu un adulte insécure, j’ai quand même vécu une très belle vie jusqu’ici. Oui, ça m’a causé beaucoup de difficultés dans ma vie amoureuse, ça m’a causé de la souffrance et du fil à retordre. Mais je n’ai pas détesté toute ma vie ni mes expériences pour autant. Je vois la vie comme un apprentissage constant. Et surtout, j’ai pu débloquer tout un tas de choses en cours de route : aujourd’hui, je me suis fortement rapprochée de l’attachement sécure et je suis beaucoup moins victime de mon attachement insécure initial.
Rien qu’en ayant lu cet article, tu as drastiquement fait baisser le risque de transmettre ton style d’attachement à ton enfant car tu pourras l’élever en connaissance de cause. Tu pourras faire attention à tout cela.
Conclusion
Si j’ai choisi ce sujet pour le premier article du blog, c’est parce qu’il me paraît primordial : connaître son style d’attachement est, selon moi, la première étape vers de meilleures rencontres amoureuses.
Une fois qu’on connaît son style d’attachement, on peut déjà désamorcer plein de mécanismes inconscients qui se jouaient. C’est une information-clé à avoir avec soi pour évoluer dans ce domaine.


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